Mission conjointe UNESCO/gouvernement du Mali à Gao | Bilan des dommages causés durant l’occupation jihadiste,sur les sites et monuments

 Elle est surnommée "la cité des 333 saints". Depuis samedi 30 juin, la ville de Tombouctou, au Mali, voit ses mausolées détruits un à un par les islamistes du groupe Ansar Dine, qui contrôlent le nord du pays depuis début avril. A quoi ressemblent ces tombes ? Que symbolisent-elles et pourquoi sont-elles prises pour cible ? FTVi vous présente ce patrimoine mondial "en péril". • Pourquoi ces mausolées sont-ils sacrés ? Classés patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988, ils abritent des saints pour les musulmans d'obédience soufie. Ces saints sont considérés, à Tombouctou, comme des protecteurs. Ils "représentent ceux que, dans la culture [catholique] occidentale, on appelle les saints patrons", explique un expert malien, spécialiste de l'histoire de Tombouctou et originaire de la ville. Certains sont sollicités pour les mariages, pour implorer la pluie, contre la disette... Ces mausolées sont "des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers", affirme l'Unesco sur son site internet. Comme on peut le voir sur ces images diffusées par France 2, certains des sites détruits comportaient des statues et des insignes funéraires. (FRANCE 2) ( FRANCE 2) Tombouctou compte par ailleurs trois grandes mosquées : Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, joyaux architecturaux témoignant de l’apogée de la ville aux XVe et XVIe siècles. Toutes trois figurent sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. La mosquée de Sankoré, à Tombouctou, au Mali. La mosquée de Sankoré, à Tombouctou, au Mali. (NICOLAS THIBAUT / AFP) • Quels sites ont été détruits ces derniers jours ? Sept des seize mausolées de Tombouctou, pour la plupart en terre crue, ont été détruits en deux jours. Ces sites sont situés en ville, dans les mosquées ou dans des cimetières en périphérie de la cité. Samedi, les mausolées des cimetières de Sidi Mahmoud, dans le nord de la ville, d'Alpha Moya, dans l'est de la cité, et de Sidi Moctar, dans le nord-est, ont été pris pour cible. Voici des images de destruction tournées au cimetière de Sidi Mahmoud et diffusées par Al Jazeera sur YouTube (en anglais). Dimanche, les hommes du groupe Ansar Dine ont également démoli à coups de houes et de burins quatre autres mausolées, dont celui de Cheikh el-Kébir, situés dans l'enceinte du cimetière de Djingareyber (sud). L’AFP a publié lundi des images de la destruction d’un mausolée à Tombouctou, sans préciser où il se situe exactement. Destruction d'un mausolée à Tombouctou, au Mali, le 1er juillet 2012. Destruction d'un mausolée à Tombouctou, au Mali, le 1er juillet 2012. (AFP) Des saints sont également enterrés dans les mosquées de Djingareyber et Sidi Yahia, selon un expert malien cité par l’agence de presse française. Lundi matin, des islamistes ont détruit l'entrée de la mosquée Sidi Yahia. Selon des témoins, "ils ont arraché la porte sacrée qu'on n'ouvrait jamais". • Pourquoi sont-ils pris pour cible par les islamistes ? Les salafistes d'Ansar Dine, qui veulent instaurer la charia (loi coranique) au Mali, estiment que ces mausolées érigés par les musulmans d'obédience soufie relèvent d'une idolâtrie bannie par l'islam. "La construction de mausolées funéraires est contraire à l'islam et nous les détruisons parce que la religion nous l'ordonne", a justifié Oumar Ould Hamaha, qui se présente comme un porte-parole de ce groupe lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Les islamistes affirment aussi réagir à la décision de l’Unesco, le 28 juin, d’inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril, qui compte 38 sites au total. Le tombeau des Askia, situé à Gao, autre ville du Nord malien tenue par des islamistes, a également été inscrit sur cette liste. Le tombeau des Askia, situé à Gao, au Mali.  (SEUX PAULE / AFP)

Le tombeau des Askia, situé à Gao, au Mali. (SEUX PAULE / AFP)

Une mission conjointe d’experts maliens et internationaux dirigée par le représentant de l’UNESCO au Mali, Eloundou Lazare, se sont rendus à Gao, une ville au nord du Mali, pour faire le bilan des dommages causés sur les sites et monuments pendant l’occupation jihadiste. Pour M. Lazare, la mission visait une évaluation technique détaillée de l’état de conservation du patrimoine culturel à Gao, en particulier du Tombeau des Askia, en vue de préparer les mesures correctives nécessaires à son retrait de la liste du patrimoine mondial en péril. Les experts ont observé que les habitants ont réalisé des travaux de consolidation du Tombeau des Askia à leurs propres frais afin d’éviter que ce monument en terre du 15e siècle ne subisse d’autres dommages. A l’issue de cette mission, ils estiment que ces interventions ne sont pas suffisantes et que des mesures urgentes de restructuration sont nécessaires avant la prochaine saison des pluies, pour sauver le tombeau des Askia, un site inscrit en 2004 sur la liste du patrimoine mondial.

Le Tombeau des Askia a été édifiée par Askia Mohamed, Empereur du Songhaï, en 1495 dans sa capitale Gao. Il témoigne de la puissance et de la richesse de l’empire qui s’épanouit aux XVe et XVIe siècles grâce au contrôle du commerce transsaharien, notamment du sel et de l’or. L’ensemble, y compris la tombe pyramidale, les deux mosquées à toit plat, le cimetière de la mosquée et l’espace des assemblées en plein air, fut édifié lorsque Gao devint la capitale de l’Empire songhaï et après qu’Askia Mohamed eut fait de l’islam la religion officielle de l’Empire à son retour de La Mecque.

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