La protection du patrimoine est inséparable de la protection des vies humaines par Irina Bokova


Dans le FIGAROVOX TRIBUNE du 14 mai 2014,  Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, rappelle l’importance de la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, dont on fête ce mercredi 14 mai le 60 ème anniversaire.

La destruction de l’Hôtel Citadelle au sein du site du patrimoine Mondial d’Alep témoigne d’une nouvelle aggravation des violences en Syrie. Irina BokovaAprès plus de 3 ans de souffrances humaines incalculables, une tragédie culturelle est en train d’effacer la mémoire d’un peuple entier. Ces blessures continueront de peser pendant longtemps sur la société syrienne décomposée, nourrissant la spirale de la haine et de la vengeance, compromettant encore davantage tout espoir de retour à la paix.

La protection du patrimoine culturel, matériel et immatériel, est inséparable de la protection des vies humaines. Il doit être protégé aujourd’hui comme condition de la réconciliation demain. C’est l’idée maîtresse de la Convention de la Haye sur la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé, adoptée il y a 60 ans au lendemain de la dévastation des villes comme Berlin, Rotterdam, Le Havre ou Varsovie pendant la seconde guerre mondiale. 60 ans plus tard, ce principe n’a pas pris une ride.

La guerre, elle, a changé de forme et nous devons nous y adapter. Elle cible de plus en plus directement les civils, les écoles, les journalistes, les édifices culturels. Partout la même logique prévaut, en Europe du Sud Est, en Afghanistan, en Iraq, en Libye, au Mali: on a brûlé les bibliothèques et les sites culturels pour affaiblir la cohésion sociale et démoraliser l’ennemi. Les bouddhas de Bamiyan et les mausolées du Mali ont été détruits pour des raisons similaires: attaquer des identités, alimenter l’escalade de la violence, imposer par la terreur un système de valeurs

De nombreux dispositifs juridiques ont été créés pour tenter de protéger la culture et les civils – avec des résultats divers. Les Conventions de Genève (1949), la Convention de La Haye (1954), auxquelles s’ajoutent les autres Conventions culturelles de l’Unesco, pour la protection du patrimoine mondial (1972) ou contre le trafic illicite des biens culturels (1970). Les statuts de Rome de la Cour pénale internationale précisent que les attaques intentionnelles envers des édifices religieux, culturels ou historiques relèvent du crime de guerre, comme l’attaque des hôpitaux. Les dispositions récentes du Conseil de sécurité de l’ONU, au Mali et en Syrie, vont dans le même sens et témoignent d’une prise de conscience irréversible.

Cette évolution est positive, mais bien modeste quand quelques secondes suffisent à détruire un patrimoine millénaire. Les maîtres de guerre se moquent des Conventions, et nous devons nous adapter à ces nouvelles réalités de la guerre moderne.

Il n’y a pas de solution prête à l’emploi, mais nous pouvons agir dans plusieurs directions. D’abord accompagner les États, qui ont la responsabilité ultime de protéger le patrimoine sur leur territoire, par la sensibilisation et la formation des soldats, des forces armées et des citoyens, souvent derniers gardiens du patrimoine ; par la mise en œuvre de lois nationales protectrices. L’Unesco partage ses informations et coordonnées géographiques des sites protégés, alerte les douanes et la police des États voisins contre les risques de trafic illicite des biens culturels, rappelant les obligations des États Parties.

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